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L'extrême-droite en Lorraine
Episode 15 : Les vieux démons négationnistes
Dans l'extrême-droite lorraine, ne rôdent pas que des jeunes loups. On y rencontre aussi de vieux démons. Les uns n'effrayant pas les autres, d'ailleurs. L'année 2000 nous l'a rappelé, avec une chronique judiciaire régionale éloquente. Les tribunaux mosellans et vosgiens ont eu à connaître de quelques manifestations qui ne peuvent pas être ramenées à une quelconque marque d'abjecte nostalgie. Si c'est bien le nazisme qui fut, ici et là, commémoré sous différentes formes, ce fut à chaque fois pour tenter d'obtenir un effet immédiat dans les débats du temps présent. La moins tonitruante de ces évocations ne fut pas, à cet égard, la moins efficacement conçue.

Une stratégie du négationnisme

L'affaire se déroule dans un collège d'enseignement secondaire. Un enseignant commente devant ses deux classes de troisième une représentation théâtrale à laquelle ont assisté tous les élèves de l'établissement. Rien que de très habituel. Le professeur de lettres est là dans son rôle.

La pièce de théâtre était tirée du roman de Hans Peter Richter Mon ami Frédéric, popularisé depuis des années par des éditions en livres de poche destinées aux adolescents. A travers le regard d'un enfant qui ne comprend pas ce qui arrive à son ami, le jeune lecteur découvre le drame qui se noue dans la société allemande des années trente. L'ami Frédéric est juif.

Au collège de Lemberg, le prof de français Jean-Louis Berger se lance dans un discours sur l'histoire. Exercice connu. On resitue souvent un écrit dans son contexte historique pour éclairer les allusions que peuvent ne pas avoir saisies des élèves de treize ou quatorze ans. Quelques uns d'entre eux vont pourtant rapporter à leurs parents des propos qui leur paraissent détonner avec ce qu'ils ont toujours entendu à la maison. On est en Moselle, dans le pays de Bitche. Les évènements liés à la Seconde Guerre mondiale ont laissé une profonde empreinte dans les familles.

Les enfants ne comprennent pas pourquoi leur professeur a prétendu que "les camps de concentration étaient en réalité des camps de travail" et que "les chambres à gaz ne servaient qu'à éliminer les poux". Quelques parents d'élèves s'émeuvent. Le principal du collège est interpelé. Il faut vérifier les dires. Trente-neuf élèves vont devoir écrire ce qu'ils ont entendu pendant le cours de Jean-Louis Berger. Leurs rédactions concordent.

Oh certes, le professeur ne les a pas mis en rang pour leur faire scander "Vive Adolf Hitler". Il s'est contenté de dire que c'est "un Juif qui a incendié le Reichstag". Les élèves savent, plus ou moins, ou finiront par apprendre que les Juifs ont été persécutés dans l'Allemagne nazie. Ils savent ou ils sauront que les Juifs de toute l'Europe ont été raflés, parqués, expédiés dans les camps de la mort. Mais quelqu'un - un enseignant, une autorité - leur aura dit aussi qu'à l'origine, il y aurait eu un incendie criminel.

Les victimes n'auraient donc pas été si innocentes que cà ? Les bourreaux, plutôt des vengeurs ? Le procédé est insidieux, mais payant.

Des enfants nés quarante ans après Auschwitz n'ont que peu de chances de rencontrer des survivants. Ils auront entendu un professeur livrer de faits décidément bien anciens une version qui recopie, sans jamais la revendiquer, toute la propagande gouvernementale de l'époque hitlérienne.

Sans invective, sans effets de manche, sans mise en scène, ils auront été initiés au discours négationniste. Ils auront entendu, sur le ton familier de la leçon, une réhabilitation du nazisme. Telle était, en ce jour de mars 1999, la mission que s'était assignée le militant Jean-Louis Berger.

3 Juillet 2001 Christian LOMBARD
L'extrême-droite en Lorraine
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