 |
Il reprend, après un souffle : "Un tour de clé, un second... ouf, je suis chez moi, seul, mon but est atteint pour l'instant. Premier geste : retrouver un miroir. Putain, ils m'ont sacrément amoché. Eh oui, c'est impressionnant. L'arcade sourcilière pisse le sang, j'en ai partout, la chemise, le pull, la veste. Les cheveux sont aussi collés de sang coagulé. Je me passe la tête sous l'eau, et entreprends d'ôter mes habits Aghhh ! La douleur devient intense dans cette poitrine qui se révèle à nouveau à moi. Au-delà de la douleur, le dégoût : il me faut virer toutes ces affaires. Dans le garage, la poubelle, les habits dans la poublelle, la poublle dans la rue. Triste parcours de chemise innocente."
"Téléphone aux urgences, puis à la police, ou l'inverse, je ne sais plus. On n'est pas très raisonné à ce moment. J'ai bien vérifié, tout est rangé, je suis à peu près présentable, mais terriblement souffrant. Les images de l'agression me reviennent peu à peu. En quelques minutes, les sapeurs-pompiers arrivent, font état de leur inquiétude aux policiers qui souhaiteraient débuterleur enquête au plus vite. Les interrogatoires médicaux et d'investigation se croisent. Il paraît que mon état inspire une telle inquiétude qu'on se demande si, après coup, j'étais transportable. Une crise d'épilepsie me secoue d'un coup. Je me retrouve à terre, plein de convulsions, les uniformes valsant au-dessus de ma tête" poursuit l'agressé.
"A l'hôpital, on prend bien soin de moi. Des heures d'examens cliniques pour ne déceler que des blessures superficielles. Heureusement. Elles me font cependant mal. Quelques analgésiques me sont donnés, mais rien n'y fait. La nuit passe lentement, entre somnolence et éveil provoqué par les doutes qui m'envahissent ou par le cauchemard de l'agression qui resurgit."
Au réveil, c'est une nouvelle crise de panique qui me prend les tripes. Cette fois, elle n'est pas d'origine physique. J'ai une soudaine envie, je peux même dire une pulsion : il faut que je sorte pour régler mes papiers de déclaration de vol de mes chéquiers et carte bleue. Contre l'avis des médecins, je signe une décharge à l'hôpital pour agir. Je suis travailleur indépendant, il faut que je prenne mes dispositions pour me faire remplacer, prévenir mes clients,...
Passage obligé par le médecin légiste auparavant, afin de faire constater les conséquences de cet "accident". 10 jours d'Arrêt de travail. C'est beaucoup, c'estpeu à la fois. Je me sens fatigué, épuisé par tout ce qui vient de se passer.
J'ai l'impression que ma fatigue s'explique : le corps doit avoir une intelligence propre et puiser dans des réserves insoupçonnées pour se rétablir au plus vite, pour revfabriquer les os rompus, pour mettre du baume au coeur et redonner la force de retrouver du plaisir.
à suivre...
|
 |