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"Car Jacking" à Nancy : histoire d'une agression
Episode 1 : "Ironie du sort, je leur aurais presque expliqué comment démarrer !"
Daniel P. poursuit son récit. Après une heure de description, on ne sait pas très bien si c'est le souvenir ravivé ou les douleurs costales qui reprennent le dessus, mais il a de plus en plus de mal à cacher un rictus très significatif de sa santé précaire.

Il ajoute : "Ils avaient laissé la porte ouverte et, mais je ne sais plus comment, je me suis retrouvé à plat ventre sur le siège conducteur, les mains parcourant l'espace entre les deux sièges auto. La situation pourrait presque paraître comique pour un regard extérieur, alors que trois des quatre agresseurs tiraient sur les pieds, craignant une fuite pourtant peu probable. J'ai réussi à saisir le petit trousseau de clés et je me suis laissé ressortir. Il n'y avait plus de coups, simplement des menaces. Ils n'avaient pas remarqué que j'avais repris mon bien. Ils se contenteraient de ma carte bleue, de mon chéquier et des quelques billets qui ornaient mon porte-feuille."

Le départ, enfin

Le supplice allait enfin prendre fin. "Paradoxalement, je crois avec le recul que cette petite rébellion peu raisonnée a été l'origine de la fin des brimades physiques. En effet, ces êtres sadiques cherchaient avant tout une opposition, de la fermeté. Peut-être les ai-je même étonnés avec ma réaction ?" ajoute-t-il, encore sous le choc.

Repoussé sur le bas-côté, deux des agresseurs reprennent leur propre véhicule. Les deux autres s'emparent du 4x4, ferment les portes de l'intérieur, le mettent en route et... Rien. "Le véhicule dispose d'une boîte automatique et, visiblement, le conducteur ne savait pas la faire fonctionner. J'étais allongé sur le côté, grelottant (la température était bien inférieure à zéro en cette nuit d'hiver), reprenant peu à peu mes esprits.

"J'avais récupéré discrètement mes clés, pour moi l'essentiel était sauvé. Je ne pouvais plus rien faire pour le véhicule. J'attendais qu'ils déguerpissent et ils n'étaient même pas capables de démarrer. J'espérais alors qu'ils n'en ressortent pas vexés, provoquant de nouveaux accès de violence incontrôlables. Ironie du sort : l'idée de me relever pour leur expliquer le fonctionnement du double point mort et de la boîte automatique m'a parcourue l'esprit. Mais finalement, d'un coup, les deux véhicules ont fendu l'obscurité, sont partis, pour ne finir qu'en deux points rouges au loin. Je me retrouvais seul. A 3 km de chez moi. Je me suis relevé et ai commencé à marcher, en titubant. Le froid était si saisissant que je ne sentais pas la douleur. Je ne m'en souviens pas en tous cas."

Solidarité

"Une première voiture m'a dépassé. Sans s'arrêter. Puis une seconde : le conducteur stoppe et me demande s'il peut appeler les pompiers. Je refuse : je préférerais qu'il me transporte chez moi. Je tiens à retrouver mon intérieur, mon repère avant toute chose" complète Daniel P. "Mais avec les vêtements en lambeaux, le sang qui recouvre ma tête, l'état de mes mains, de mes genoux, de mon ventre, je n'inspire pas confiance.

Je me demande si, en pareille occasion, j'aurais proposé à un inconnu de le transporter. Je n'en veux pas aux deux ou trois conducteurs qui m'ont laissé en plan. le quatrième a eu une réaction encore plus étrange : il a ralenti en me voyant, a poursuivi son chemin puis a fait demi-tour. Il m'a proposé, lui aussi, d'appeler les secours. J'ai là encore répondu que pour moi, l'essentiel était de rentrer chez moi. "Vous me faites peur", me lance-t-il. Je n'étais plus forcément une victime d'agression crapuleuse à ses yeux..."

 

2 Février 2005 Jérôme MARCHAL
"Car Jacking" à Nancy : histoire d'une agression
[ Les épisodes :  1  |  2  |  3  ]
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