Un dessin de C'DriK
Le feu couvait depuis longtemps. Il a suffi de mots, de quelques mots pour mettre le feu aux poudres. "Racaille", "Voyous", "Kärcher". Et tout s'est embrasé.
Le premier brandon est venu, il y a une dizaine de jours, du côté de Clichy-sous-Bois, dans la banlieues Est de Paris. Neuf jeunes rebeux de 15 et 16 ans jouaient au foot sur un terrain vague de Livry-Gargan, la commune huppée voisine. Parce que chez eux, à Clichy, il n'y a pas de terrain de foot. Il n'y a rien, d'ailleurs, que des immeubles tristes. Mais à Livry, les blacks et les beurs sont indésirables.
Une patrouille de police passait par là qui cherchait, a-t-on dit, les auteurs d'un larcin. Les jeunes ont eu peur, ils se sont enfuis. Trois ont échappé à la police, trois ont été interpellés et amenés au commissariat de Livry. Et trois se sont réfugiés dans un transformateur EDF. Deux sont morts électrocutés et le troisième, grièvement brûlé, a donné l'alerte.
Voilà l'origine de l'embrasement. Les policiers ont soutenu, mordicus, qu'ils ne poursuivaient pas les jeunes. Les rescapés disent le contraire. Une information judiciaire est ouverte par le parquet de Bobigny qui tentera de faire la lumière. Soit.
Reste que les jeunes des banlieues ne supportent plus les excès de langage des hommes politiques, les mensonges et les provocation des policiers. "Ils nous contrôlent dix fois par jour, pour rien" explique Kamel. "Ils nous donnent des baffes, nous humilient, se moquent de nous, sans raison."
"Il fallait que tôt ou tard ça pète" constate Driss, un jeune diplômé en droit. "Les policiers se sentent soutenus et même encouragés par leur ministre de l'Intérieur. Ils en rajoutent même. Résultat : les jeunes ne supportent plus l'injustice qu'ils vivent au quotidien".
Après Clichy, le feu a vite gagné les autres cités de la région parisienne. Voitures brûlées, commerces détruits, écoles saccagées. Puis, les flammes sont arrivées dans les autres villes de province. A Eveux, Rennes, Nantes, Montpellier, Montbeliard, Nancy et Metz.
"Je trouve scandaleux de brûler des voitures et de détruire des commerces" lâche Aziz. "Mais il faut comprendre l'exaspération des jeunes des banlieues. Ils sont défavorisés, ils font des études, et à cause de leur nom, de leur prénom, de leur lieu de vie en banlieue ils ne trouvent pas de travail. L'école de la République n'est plus un ascenseur social. Ils n'ont plus d'avenir. Ils sont abandonnés. Si, en plus, on les traite de ''racaille'', ils explosent ".
Racaille ? Voyous ? Economie souterraine ? Mafia ? Oui, sans doute dans les banlieues. Mais pas seulement. Des hommes politiques de premier plan viennent d'être jugés dans l'affaire des marchés publics truqués d'Ile-de-France. 200 millions détournés. Cela ressemblerait pas à de l'économie souterraine des fois ? Le jugement est tombé la semaine dernière : des relaxes et du sursis pour tout le monde ! C'est pas grave, c'est la République qui paie.
Et les fausses factures à la pelle des collectivités locales ? Et la fraude aux subventions européennes ? Et les voyages gratos des princes de la République ? Et les frais de bouche payés par les contribuables ? Et le scandale des appartements de fonction ? Et bien d'autres carambouilles qui passent par pertes et profits.
Ils sont où les voyous ? Elle est où la racaille ? C'est de ce côté, aussi, qu'il faudra un jour ou l'autre donner un grand coup de Kärcher. Avant que d'autres n'y aillent au lance flamme. |