"Ces régionales sont pour vous la dernière occasion de censurer la politique de casse systématique du gouvernement Raffarin". François Hollande n'y va pas de main morte à une dizaine de jours du 1er tour. Il donne au scrutin régional une dimension nationale que le 1er Ministre tente de minimiser maladroitement. Cette stratégie à deux objectifs : bénéficier d'un vote de défiance massif contre le gouvernement Raffarin et savourer une revanche attendue sur la débâcle de 2002. De plus, une victoire lui permettrait de se débarrasser d'un habit trop étroit de leader par défaut d'une gauche paumée depuis le traumatisme des dernières Présidentielles. Hollande restera le grand gagnant de cette soirée.
Rappel du 1er tour : 918.749 votants pour 1.616.055 inscrits, soit 43,15% d'abstention. A noter la présence de 50.657 bulletins nuls ou blancs, soit plus de 5% des votants. Jean-Pierre Masseret (PS-PC-Verts) arrive en tête avec 29.22% ; Gérard Longuet (UMP) le suit à 22.14% et Thierry Gourlot, FN, reste en embuscade à 17,59%. Les autres listes focalisent tous les regards : Nathalie Griesbeck (UDF) est créditée de 8,71% et Jean-Louis Masson traîne à 6,69%. Daniel Delrez (La Gauche - 4,69%), Christiane Nimsgern (LO-LCR, 4,69%), Eric Lemaitre (Ecologistes Indépendants – 4,29%) et Annick Martin (2,00%) fermaient la marche.
Boomerang
La stratégie de la gauche a parfaitement fonctionné. Jean-Yves Le Déaut, député PS et tête de liste en Meurthe-et-Moselle se risquait à espérer trois points d'écarts avec la droite : il s'avère que la gauche distance la droite de plus de 13 points. Longuet, balayé. Les "sources fiables" qui ont permis à www.infodujour.com de placer JP Masseret avec une courte tête au 1er tour avaient sous-estimé l'impact national de la campagne. Pour le second, ils se sont planté. Comme tout le monde. Personne n'a mesuré l'ampleur en région de la gifle infligée à Raffarin, promu à un avenir incertain...
Les candidats ont tardé à entrer dans la campagne. La Lorraine a été la grande absente des débats. A droite, on préférait jouer un pré-casting du meilleur calife à la place d'un Rausch en fin de règne. Le projet controversé de création d'une autoroute bis, l'A32, a définitivement marqué la scission entre les électeurs de Masson et la majorité sortante. l'UDF a rejoint le camp de Longuet à reculons. D'ailleurs, Nathalie Griesbeck n'était même pas candidate pour le second tour. Et quand personne ne parle projet, c'est le camp qui souffre le moins des divisions qui l'emporte...
La gauche a ratissé large pour parvenir à ce score de 48,4%, de l'extrême-gauche au PS. Mais JP Masseret a sans nul doute bénéficié à la fois d'une grande partie des 70.000 nouveaux électeurs du second tour et de voix acquises plus traditionnellement à la droite. L'opposition est tellement marquée entre l'UDF et l'UMP qu'une partie de l'électorat s'est tourné vers la gauche. Ils expriment un vote sanction plus utile et moins conséquent que le vote FN.
Le plein des voix à gauche, la dispersion des listes et une incapacité notoire à rassembler les électeurs de la droite traditionnelle : l'équation devenait difficile à résoudre pour Longuet. Il a tenté de minimiser l'impact national du scrutin tout en recevant trois ministres en 10 jours et en se dotant d'un ministre de la culture controversé.
Rejet national
La défaite est sévère. A tel point qu'on ne peut l'expliquer que par un rejet massif des Lorrains et des Français de la politique du gouvernement Raffarin. Toutes les régions ont subi cette déferlante rose. Les irréductibles gaulois (sans mauvais allusions) ont déserté la Bretagne pour l'Alsace, qui restera la tache bleue sur la carte des régions. Longuet paie deux ans plus tard la très confortable majorité UMP, élue en 2002 dans des conditions à peu près similaires de vague "bleue" marquant le rejet de la politique Jospin. Comme quoi, les Français ont bonne mémoire : ils détestent que leur confiance soit trahie.
"Esprit de responsabilité"
Cela rend paradoxalement la responsabilité des Présidents de Région vis-à-vis de l'opinion encore plus grande. Car même si Raffarin est renvoyé en retraite forcée au Futuroscope, le Président Chirac nommera un gouvernement de droite. Donc la vie de tous les jours ne sera pas bouleversée, mis à part dans les domaines de compétence, certes élargis, de la Région. Le risque est donc que les électeurs ressentent de nouvelles frustrations... Quelle alternative crédible s'offrira alors à eux ?
L'enjeu du retour à la confiance est de taille : rappelons que la Lorraine est, au second tour des régionales, la région qui a connu à la fois un taux d'abstention supérieur de 3 points à la moyenne et l'un des plus gros scores du FN en France avec 17,4% (moyenne nationale 12,75%).
Vendredi 2 avril aura lieu la première "Plénière" qui consacrera l'ancien Secrétaire d'Etat aux Anciens Combatants et actuel Sénateur, Jean-Pierre Masseret, et une nouvelle équipe qui devra prendre rapidement les rennes du pouvoir. |