Jean-Pierre Masseret peut être satisfait : il a dépassé les meilleures estimations de près de 4 points (29,2%). Sa liste d'union de la gauche arrive en tête du premier tour. Mais a-t-il une réserve de voix suffisante pour tomber le président sortant au soir du 28 mars ? Rien n'est moins sûr.
Gérard Longuet (UMP) plafonne à 22,1% des suffrages mais son échec est dû autant à la sanction générale du gouvernement Raffarin qu'à la division de la droite parlementaire en Lorraine.
Nathalie Griesbeck (UDF) dispose d'un capital inattendu de 8,7% des suffrages alors que le sénateur Masson (dissident UMP) ne récolte que 6,7% des voix, incapable du coup de maintenir sa liste au second tour. Le polytechnicien messin a manqué son rendez-vous avec les Lorrains.
Les autres listes obtiennent des scores qui vont de 2% (MNR de A. Martin) à 4,7% pour la Gauche de Daniel Delrez en passant par les écologistes de E. Lemaitre (4,3%) et l'extrême gauche (4,7%) pour Nicole Nimsgern (LO-LCR).
Quant à l'extrême droite, elle dispose d'un score cumulé de près de 20% (T. Gourlot pour le FN a collecté 17,6% des suffrages et A. Martin pour le MNR 2%). Il y a fort à parier que le FN va se maintenir au risque d'affaiblir encore plus Gérard Longuet.
Comment se feront les désistements des petites listes ? Qui va appeler à voter pour qui? En contre-partie de quoi ? Il est évidemment trop tôt pour le dire même si en coulisse les tractations ont commencé dès la nuit dernière. En sachant que les désistements ne sont pas forcément suivis par les électeurs.
Le jeu des alliances
On sait que seules les listes qui ont dépassé 5% peuvent négocier des alliances entre les deux tours avec les listes ayant obtenu plus de 10%. Ainsi, 6 listes sur 9 sont éliminées au premier tour. Les tractations se feront avec les trois seules listes qualifiées pour le second tour.
Contrairement aux prévisions, la participation a été assez forte même en Lorraine avec plus de 60% de votants.
Les enjeux du deuxième tour
Le vote lorrain confirme la sévère sanction adressée au gouvernement Raffarin. Le vote régional a été "nationalisé" comme le souhaitaient d'ailleurs les leaders de gauche. L'électorat de gauche s'est mobilisé pour voter "utile" dès le premier tour ayant en mémoire le cataclysme politique du 21 avril 2002 qui a éliminé Lionel Jospin du second de la présidentielle au profit de Jean-Marie Le Pen.
Et le 28 mars ? Il y a fort à parier que les enjeux redeviendront régionaux. Sans doute la gauche va-t-elle encore mobiliser ses troupes dans de nombreuses régions. Mais la campagne des uns et des autres se fera davantage sur des sujets d'intérêt régionaux.
Comment la decentralisation sera-t-elle mise en place en Lorraine, quelles compétences nouvelles pour la Région? Quelle politique régionale en faveur de l'emploi, de la création d'entreprises, des infrastructures ? Y aura-t-il une autoroute et où ? Comment bénéficier à plein pour l'emploi de l'effet "TGV" ? Quelle place aura la Lorraine dans un environnement transfrontalière en renforçant les liens naturels avec la Belgique, le Luxembourg, la Sarre ? Comment valoriser les atouts de la Région en matière et transports, d'aménagement du territoire, d'enseignement, de dynamisme culturel, de cohésion sociale, d'attraction de pôles d'entreprises dynamiques ?
C'est à ces questions cruciales pour l'avenir de la région que les lorrains souhaiteraient avoir des réponses. Avant le 28 mars. |