Comment garder un front serein devant l'adversité ? Pas besoin d'un stoïcisme austère ou de cultiver une ascèse sur la maîtrise de soi. C'est bien plus simple que cela, il suffit de se rendre tous les trois ou quatre mois chez un chirurgien plasticien new-yorkais qui vous injecte dans les muscles frontaux plusieurs doses d'une toxine fortement diluée, le Botox.
Cette neurotoxine, connue scientifiquement comme "la toxine botulinique A", a pour effet de paralyser les muscles et d'effacer les rides. Elle est utilisée par le corps médical dans le traitement des spasmes oculaires et approuvée comme telle par la Food and Drug Administration américaine (FDA). Elle devrait obtenir un feu vert pour les soins cosmétologiques dès le mois prochain, aux Etats Unis et bientôt en Europe. Haut lieu de la séduction, selon les américains, c'est la France qui serait choisie pour expérimenter ce produit. Les médecins, qui avaient en effet observé l'effet "lissant" de la paralysie engendrée par ce traitement, s'en servent déjà depuis plusieurs années pour soulager leurs patients du poids des ans inscrits dans les sillons d'expression du haut du visage. Moins lourde que le lifting, moins coûteuse, localisée et sans cicatrice, cette intervention a déjà fait de nombreux adeptes, hommes et femmes. On estime que plus d'un million d'Américains l'ont essayé en 2001.
A Hollywood, les producteurs se plaignent déjà de devoir écarter de leurs castings nombre d'acteurs de plus de 35 ans qui, "botoxisés", sont de moins en moins aptes à exprimer des émotions fortes. L'entrée du Botox sur le marché des soins plastiques est attendue dans les médias comme un événement semblable au lancement du Viagra.
L'actualité toute récente a d'ailleurs amené au premier plan le sujet délicat de la chirurgie plastique et ses activités annexes avec la transformation radicale d'une star de la télévision américaine, Greta van Susteren. Cette blonde juriste de 47 ans au visage dur et marqué avait été révélée sur CNN par sa couverture féroce du procès de O.J. Simpson en 1995.
Ayant à la fin décembre quitté CNN pour la Fox, Greta est réapparue sur le petit écran complètement transformée après un mois d'absence. Non seulement ses poches sous les yeux avaient disparu, mais son front buriné de profondes rides paraissait lisse comme celui d'un bébé et les traits autour d'une bouche jadis sinueuse étaient considérablement adoucis. En bref, Greta faisait 15 ans de moins.
La toxine botulinique, dangereuse à l'état pur ne présenterait aucun danger en cosmétologie où elle est utilisée en faibles doses. Développée par les charcuteries et saucisses avariées, elle cause habituellement le botulisme, soit une paralysie musculaire, des troubles de la vision et de la respiration.
Elle ne crée pas d'insensibilité au niveau de la peau ni un changement de texture du tissu. Le traitement suppose cependant quelques précautions. Ainsi, le patient ne doit pas bouger ou baisser la tête pendant environ six heures après les injections afin de ne pas favoriser des écoulements du produit, au risque de paralyser d'autres parties essentielles à l'expression du visage.
L'entrée sur le marché du Botox et d'un produit équivalent, le Myobloc, plus rapide dans la stabilisation du muscle mais moins durable dans ses effets, ne devrait pas faire renoncer à l'utilisation du silicone sur le marché de la beauté à la carte.
Utilisée avec expertise, cette matière permet d'intervenir là où le Botox est à éviter, autour de la bouche notamment. On sait cependant que le produit n'est pas parfaitement stable: il peut durcir et provoquer des nodules que seule une intervention chirurgicale permet de supprimer, ou se répandre dans d'autres zones du visage, comme la mâchoire.
La vanité de l'homme (et de la femme) étant sans limites, le champ de la recherche dans la chirurgie plastique l'est aussi. Une autre méthode permettant l'effacement du passage du temps a été récemment mise au point par une société new-yorkaise spécialisée dans l'équipement médical léger, Ellman International.
Là encore, seul le front, et le froncement du sourcil que le côtoiement de son prochain installe forcément entre les yeux, fussent-ils les plus beaux, sont concernés. Le "lifting endoscopique" permet désormais d'éviter la longue cicatrice à l'arrière de l'implantation du cheveu qu'implique le classique lifting du front. Une caméra miniature fixée au bout d'un endoscope incurvé est introduite par une mince incision dans le cuir chevelu et dirigée vers le visage, entre la peau et l'os frontal.
Une image fortement agrandie est reproduite sur un écran et permet au chirurgien de sectionner le muscle en divers endroits. L'opération ne requiert que trois ou quatre incisions d'environ un centimètre et demi et se pratique au moyen d'un instrument muni d'une électrode qui à la fois "tranche" et cautérise le tissu musculaire tout en aspirant la "fumée" dégagée par la cautérisation.
Il est précisé que les chirurgiens intéressés ont avantage à s'exercer préalablement sur un steak car s'il y a des dommages, ces derniers sont irréversibles. Le principe est donc toujours le même, paralyser les muscles du visage pour recouvrer, comme les cadavres au bout de quelques heures, un visage lavé de toute tension musculaire. Formidable non ? |